Ameimse a publié une critique de Landor par Isabelle Bauthian (Les Rhéteurs, #4)
Landor
4 étoiles
Avec 'Landor', Isabelle Bauthian signe un retour dans l'univers des Rhéteurs que j'attendais avec curiosité. Comme à chaque tome, elle renouvelle le genre investi, empruntant cette fois la forme d'un huis clos : toute l'action se déroule en effet dans un château où sont bloqués par la neige une dizaine de personnages et où un mort, une dague fichée dans la poitrine, vient d'être retrouvé. Si l'autrice construit son histoire autour des codes d'une enquête - qu'il s'agit de résoudre avant la fonte de la neige qui débloquera les routes et permettra l'arrivée du baron de Landor -, l'enjeu narratif du roman est ailleurs : il repose sur ses personnages et leurs interactions, marquées par leurs contradictions et les dilemmes auxquels elles et ils sont confrontés. Selon le même schéma que les précédents tomes, l'histoire est racontée suivant le point de vue d'une personnage, dont les développements vont ébranler toutes …
Avec 'Landor', Isabelle Bauthian signe un retour dans l'univers des Rhéteurs que j'attendais avec curiosité. Comme à chaque tome, elle renouvelle le genre investi, empruntant cette fois la forme d'un huis clos : toute l'action se déroule en effet dans un château où sont bloqués par la neige une dizaine de personnages et où un mort, une dague fichée dans la poitrine, vient d'être retrouvé. Si l'autrice construit son histoire autour des codes d'une enquête - qu'il s'agit de résoudre avant la fonte de la neige qui débloquera les routes et permettra l'arrivée du baron de Landor -, l'enjeu narratif du roman est ailleurs : il repose sur ses personnages et leurs interactions, marquées par leurs contradictions et les dilemmes auxquels elles et ils sont confrontés. Selon le même schéma que les précédents tomes, l'histoire est racontée suivant le point de vue d'une personnage, dont les développements vont ébranler toutes les certitudes et mettre en lumière les biais et angles morts qui caractérisent ses représentations et la manière dont elle analyse la situation à laquelle elle fait face.
Dans les 'Rhéteurs', chaque tome adopte un point de vue différent, mais construit une seule grande histoire, à travers le récit de quelques décennies au sein d'un royaume, 'Civilisation', composé de plusieurs baronnies, dont chacune a ses caractéristiques politiques et ses modes de vie propres, tout en étant traversée de tensions autour de différentes formes d'exclusions et d'inégalités plus ou moins institutionnalisées. Cependant, si les points de vue changent, un certain nombre de personnages sont récurrents, voire constituent des repères et/ou des mystères pour les lecteurices, au premier rang desquels, Thelban, personnage secondaire mais central sur le temps long, toujours acteur/catalyseur depuis le premier tome. 'Landor' constitue une étape importante dans la progression générale de l'histoire, puisque l'autrice nous enferme dans le château de la belle-famille, noble mais ruinée, de Thelban, et adopte cette fois le point de vue de sa soeur jumelle, Céleste, pour raconter le tournant que vont constituer ces quelques jours d'enquête à huis clos, contraints par les conditions météorologiques.
Tout en déclinant l'univers des 'Rhéteurs' dans un nouveau cadre, celui d'une enquête pour meurtre, on retrouve dans ce quatrième tome différents éléments qui ont fait que les précédents m'avaient plu : une façon de mettre en scène bien des questionnements éthiques et moraux, tout en déstabilisant et d'éclairant les biais et les failles derrière les certitudes de ses personnages. Si le style d'Isabelle Bauthian a un côté que je trouve parfois trop didactique, l'exécution est efficace et tous les éléments s'emboîtent. Les joutes oratoires et autres affrontements - qu'ils soient symboliques ou potentiellement létaux - qui s'y déroulent fonctionnent. Je n'ai pas complètement réussi à rentrer dans l'enquête proprement dite, sans trop savoir si cela est dû aux 5 ans qui se sont écoulés depuis ma lecture du tome 3 - ce qui fait que j'ai eu de la peine à ressentir la tension géopolitique -, ou si c'est parce que le peu de personnages et la manière dont les enjeux sont posés font qu'on devine où cela nous mène. Cependant, il est évident que l'enjeu n'est pas tant la découverte éventuelle du/de la coupable (s'il y en a un·e), mais la montée des tensions et la multiplication des confrontations que l'existence même de l'enquête provoque. C'est en effet un ressort narratif parfait pour éclairer le personnage de Céleste et sa haute opinion d'elle-même notamment liée à son éducation et à la manière dont elle a toujours été privilégiée. On assiste ainsi à ses tentatives d'arbitrages entre des loyautés qui finissent par entrer en conflit, tandis que tout ce qu'elle a construit jusqu'alors vacille sur ses fondations. L'histoire conduit à mettre en lumière les illusions qu'elle s'est créée en s'engageant dans une quête en faveur de la justice pour les 'mi-hommes', à laquelle a été entremêlée des intérêts familiaux, sur fond de société secrète létale.
Au final, j'ai retrouvé avec plaisir l'univers des Rhéteurs, qu'il s'agisse de la mise en scène de son art rhétorique omniprésent ou de l'art qu'a l'autrice de déstabiliser ses personnages et d'éclairer leurs biais. Ce n'est pas le tome qui m'aura le plus marquée (mais, encore une fois, la lecture des tomes précédents est lointaine, et je ne suis pas sûre d'être la même lectrice qu'il y a 10 ans, ou même 5 ans), mais, sur le fond, le roman fait bouger de manière significative certaines lignes narratives en s'arrêtant sur Céleste, et par son intermédiaire en éclairant une autre facette de Thelban. Tout est désormais en place pour le dernier tome lorsque l'on referme le livre. De la fantasy au long cours qui continue de se développer, j'en lis beaucoup moins désormais qu'à une époque, mais je suis contente qu'il reste encore un tome dans cet univers.